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Articles mensuels (français et anglais) sur le thème "Pour penser autrement l'économie"
No. 38 - février 2009
Vers le rétablissement
ANGUS SIBLEY
Les plans publics de relance, s'ils sont bien conçus et communiqués, peuvent non seulement stimuler et remplacer la demande privée, ils peuvent aussi convaincre les consommateurs et les entreprises qu'il n'y aura pas de nouvelle Dépression. Avec cette conviction, ils cesseront d'attendre et reprendront leurs dépenses
Olivier Blanchard, conseiller économique et directeur du département de la recherche au Fonds Monétaire International (voir The Economist, 29 janvier 2009)Si les erreurs passées sont les architectes de la récession, les anxiétés actuelles en sont les bâtisseurs.
En janvier (1), un journaliste a demandé au milliardaire mexicain Carlos Slim si les problèmes actuels ne l'empêchaient pas de dormir. La réponse de M. Slim fut lapidaire: Pourquoi, ils devraient?
Dans un autre entretien (2), Hans Smits, président-directeur du port de Rotterdam, refuse tout pessimisme, expliquant que les plans de relance allemand, français ou néerlandais me semblent être autant d'éléments encourageants, sans parler des effets positifs de la novelle présidence américaine.
Pourtant, les propos pessimistes ne manquent point. Dans les journaux, dans les commentaires boursiers, on nous inonde de pronostics horrifiants. La situation est gravissime, la crise va perdurer, c'est même pire qu'en 1929 selon le lugubre ministre britannique Ed Balls (3). Cette dernière remarque a la propriété curieuse d'être vraie si tout le monde en croit, et fausse si personne n'en croit. Car si tout le monde était pleinement pessimiste, et agissait ainsi, alors il n'y aurait vraiment pas de futur. Et si tout le monde agissait en optimiste, la crise s'évanouirait. M Balls aurait dû se taire.
Il est vrai que certains dirigeants d'entreprise ont peut-être intérêt à brosser le paysage économique tout en noir, afin de justifier leurs piètres résultats ou leurs licenciements excessifs.
Qui a raison? On pourrait accuser MM. Slim et Smits d'optimisme facile, mais ces hommes sont en train d'investir de l'argent sérieux dans des affaires réelles, à la différence de certains hedge-funds qui ont investi de l'argent spéculatif dans des châteaux de cartes invraisemblables. A New York, tout au centre de la tempête, M Slim vient d'investir des sommes importants dans le New York Times et dans les grands magasins Saks Fifth Avenue. A Rotterdam, grand centre du commerce international, M Smits ne compte, en tout cas, différer aucun de ses projets d'investissement.
Chapeau pour eux! C'est les gens qui agissent ainsi qui vont mettre fin à la crise. L'espérance bâtit le progrès; le pessimisme l'empêche.
Le 19 février, François Blancard, directeur général du Crédit foncier, tout en annonçant un résultat honorable pour sa banque en 2008, a expliqué (4) que l'an 2009 avait bien commencé: nous avons enregistré 12.000 dossiers de prêts sur les six dernières semaines de l'année, contre 6.400 lors de la même période de 2008…nous avons prévu dans notre budget 2009 une production de nouveaux prêts aux particuliers de 9 milliards d'euros [contre 8,1 milliards en 2008].
Le 9 février, John Varley, son homologue à la banque britannique Barclays, a livré encore un discours encourageant:(5): Les niveaux d'activité de nos clients ont été élevés pendant le premier mois de 2009, nous avons bien commencé l'année. En particulier, la performance opérationnelle de la Barclays Capital, qui bénéficie de l'intégration désormais complète des affaires nord-américaines de Lehman Brothers, s'est révélée extrêmement forte.
Encore en mi-février, Dominique Lagarde, directeur général délégué à EDF, a annoncé (6): en 2009, nous investirons 8 milliards d'euros en France, soit 2,5 milliards de plus qu'en 2008. C'est notre contribution au plan de relance. Et Jean-Paul Agon, directeur général de L'Oréal, reste optimiste (7): Nous pensons que le marché des cosmétiques peut rester positif en 2009 et notre ambition est de faire mieux que le marché.
La conjoncture pourra être mauvaise, on voudra quand même rester séduisante!
A ce moment même, les oeuvres d'art de la collection Yves St-Laurent et Pierre Bergé se vendent comme des petits pains.
Ne nous laissons pas trop nous déprimer par les discours désespérés de tant d'experts, d'hommes politiques, de journalistes, de boursicoteurs, de blogueurs! Les jérémiades pourraient peut-être avoir quelque utilité en poussant les gouvernements à aller un peu plus vite à la rescousse des économies gênées. Mais le pessimisme est sûrement plus nuisible qu'utile. En nous déprimant, il nous incite à empirer la crise en agissant de manière perverse.
Car toute personne et toute entreprise qui, dans son anxiété, réduit ses dépenses de plus qu'il n'est absolument nécessaire, est coupable d'aggraver les problèmes. Ma ou votre réduction de dépenses est la réduction des revenus des autres. Tout cela a pour conséquence la dégradation de la conjoncture. Donc, évitons à tout prix la radinerie! Dans les limites de nos possibilités, agissons normalement, dépensons même le maximum! Cherchons et diffusons les bonnes nouvelles! Rétablissons notre confiance, comme le font ces bons messieurs que je viens de citer. Voilà la route vers le rétablissement économique.
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Références
1 Voir Le Monde du 22 janvier 2009
2 Voir Le Monde du 2 janvier 2009
3 Ed Balls, député de Normanton (Angleterre), est sécretaire d'Etat pour l'enfant, l'école et le famille; il fut auparavant sécretaire économique au Trésor britannique.
4 Voir Le Monde du 21 février 2009
5 Voir les résultats préliminaires 2008 de Barclays plc
6 Voir Le Monde Economie du 17 février 2009
7 Voir Le Monde du 18 février 2009